Entre la Pologne et nous , c'est déjà une longue histoire : 3 tournées, 2 albums sortis sur feu le label de Varsovie QQRYQ Records et la perte ( pour le meilleur) de notre guitariste Nicolas qui rencontra une jeune polonaise à Gdansk lors de notre tournée 98 et partit vivre avec elle 1 an plus tard. La 1ère fois que nous avons débarqués sur le sol polonais en février 96 après un périple par Prague et Berlin, on s'est attaqué à une semaine de concerts intensifs avant de repasser par la République Tchèque pour terminer en France, tout ça sous la neige.

Des notre 1èr concert, on a rencontré un public particulièrement chaleureux et motivé et chaque tournée nous a laissé un souvenir fabuleux, indélébile, une de ces expériences qui nous ont beaucoup aidées dans notre aventure Ejectés, une de ces expériences sans lesquelles le groupe ne serait pas ce qu'il est ou n'existerait peut-être plus…

Donc 3 tournées successives en 96,97,98, la sortie de Ragga Protest Songs en 97 et Gangsta Skanka en 98 nous ont permis de créer des liens assez forts avec le public polonais et c'est avec impatience que l'on attendait de pouvoir retourner dans ce pays qui a beaucoup compté pour nous.

Entre la dernière tournée et celle de 2004, 6 ans nous séparent, 6 années pendant lesquelles le groupe n'a pas chômé : tournée en France, tunisie, Espagne , Italie, Usa, Canada, sortie du Live at Home (2001), Citoyens du monde en 2003 sans oublier la ressortie de Gangsta Skanka en 1999 chez Warner, en 2000 au Canada et Greatest Hits en Espagne (1998). Six années durant lesquelles, la Pologne qui n'a pas chômé non plus continue de se relever courageusement de plusieurs années de dictature, c'est bien sûr une vision idyllique de la situation actuelle mais c'est l'impression que nous ont laissé tous ces gens rencontrés au fil des années, un peuple qui se prend en main, qui se bat pour s'en sortir et avec le sourire même si un nouveau dictate pointe son nez, celui de MacDo et de la grande distribution, celui du Loft et de la Star Académie. On part avec tant de questions : dans quel état d'esprit se trouve le pays ? les polonais se rappellent-ils de nous ?

Pour cette série de concerts, on décide de mettre le paquet, on va filmer le tour et on va enregistrer les concerts et comme pour toute entreprise ambitieuse les problèmes commençent à pleuvoir. Les dates en France et en Allemagne que l'on devait faire au début de la tournée et qui devaient servir d'étapes sont annulées et notre ingé-son, responsable de toute la logistique d'enregistrement se désiste à 3 jours du départ. Après maintes péripéties le tout se règle tant bien que mal et le 07 octobre nous sommes 12 à prendre la route, l'équipe image : Serge et David, l'équipe son : Gaël et Raph et le groupe Julien (basse), Franck (batterie), Laurent (guitare), Mickaël (clavier), Sylvain (saxo), Maevaya et Nat (chœurs) et votre serviteur.

Nous commençons donc la tournée par Lubin et décidons d'y arriver dans la nuit précédent le concert (vu la longue route : plus de 1500 km à faire d'une traite). Partis avec un camion et une voiture, on se retrouve à la frontière franco-allemande pour une petite halte. Quelques heures plus tard , la tournée commence vraiment. La voiture qui était sensée nous suivre avec Franck, David, Gaël et Serge a disparu. Je reçoit un coup de fil de Franck, un pneu a éclaté après la frontière, ils ont fait un tête à queue sur l'autoroute et décident de retourner en France pour réparer les dégâts et/ou trouver une voiture de location. Avec le camion on continue, on doit tous se retrouver le lendemain à Lubin pour le concert. Nous arrivons vers 9 heures du matin à l'hôtel où un petit dej' nous attend, on se restaure et direction les piaules où on a besoin de récupérer les 21 heures du trajet. Je commence à peine à sombrer dans les bras de Morphée lorsque Julien me réveille téléphone en main : on a un nouveau problème et de taille : Franck et les occupants de la voiture sont bloqués en France, la caisse n'est pas réparable dans l'immédiat et personne ne veut louer de véhicule pour aller en Pologne (pays réputé pour les vols de voitures). De plus, Piotr, notre promoteur local nous dit que le concert de Lubin est très important et ne peut être annulé : sans batteur, pas facile. On passe des heures abrutis par la route de la veille à chercher des solutions : avion, train ??? pour que le reste du groupe soit à l'heure pour le concert : stressing time. On débarque à la salle le téléphone toujours en main vers 15 heures, on y retrouve Piotr. Il nous a trouvé un batteur pour le soir qu'il faut aller chercher à Wroclaw, à une centaine de km et un camion que le reste de l'équipe bloquée en France doit récupérér à Dresde (Allemagne) pour le reste de la tournée. Raph et Piotr partent chercher le batteur polonais pendant que nous prenons possession de la scène, dans le camion, un tout nouveau Ejectés de remplacement écoute les morceaux de notre répertoire (une trentaine). Alors que nous réglons les derniers problèmes de son, on se retrouve à 10 minutes du concert. C'est une expérience toute neuve pour nous de jouer avec un batteur que l'on ne connaît pas, on verra bien, on l'encourage, on s'encourage et on se jette à l'eau, le public nous attend et miracle ça fonctionne, on enchaîne le set prévu : International, Don't boggart, Bad boy, Ragga protest song…Julien fait des signes au batteur entre et pendant les morcaeux, chacun dans le groupe prend sur lui et s'adapte aux nouvelles intros et aux finals improvisés, le public suit et deux heures plus tard, trempés de sueur on plaque le dernier accord. Mission accomplie. On se retrouve dans la salle avec une partie du public, on communique en franglais, en pologlais, voire en espanglais, on est heureux d'être là et le public de nous retrouver…Direction l'hôtel, demain c'est Czestochova, la ville sainte de Pologne, on doit y retrouver les autres qui sont finalement arrivés à Dresde avant de récupérer un vieux Volkswagen avec lequel ils nous rejoindront en fin d'après midi.

Route, kilomètres, plafond bas, on se retrouve tous au Paradox, c'est avec soulagement que l'on se retrouve tous, mais on a peu de temps , à peine la balance terminée, le club se remplit et on a à peine le temps d'ingurgiter quelques parts de pizzas qu'il faut démarrer le concert : sueur assurée. Toutes nos mésaventures n'ont pas entamées la cohésion du groupe : Yasmina, Rude & reggae, Soweto's burning, Monkey business… on enchaîne les titres, et là aussi le public suit, ça gueule, ça bouge, ça rigole, ça communique et ça communie. Aprés le concert, quelques interviews et une seance photo, il faut remballer et repartir direction l'hôtel et demain, Cracovie où l'on va passer 2 jours.

On investie le Klub Re : balances, répétitions, un rapide passage à la pension (où nous resterons 2 jours) et au resto végétarien à côté du club et on attaque, le public est encore plus receptif et le groupe encore plus cohérent, et c'est repartit pour 2h de sueur de musique, d'échanges, de bonnes vibrations. Après le concert, on rencontre plein de gens, de sourires, je discute longtemps avec un polonais qui a vécu le régime précédent, et me raconte comment il voit les choses évoluer, il est peintre et travaille en usine, on aura un paquet de trucs à se raconter. Retour à la pension, on regarde les 1ères images de Serge et David, ça rigole. Demain, c'est jour off, c'est pas plus mal ; on commence à fatiguer.

Après une journée de repos, on file sur Wroclaw, comme d'habitude on monte le matèriel, on balance , on mange derrière la scène et on attaque un set débridé que des morceaux comme Action ou En Voiture viennent ponctuer de respirations plus cools. Là aussi, le public nous attend de pied ferme et ça saute dans tous les sens. A la fin de chaque soir, nous jouerons 2 ou 3 morceaux du Clash qui seront le point d'orgue du brasier généré par nos concerts. Après le gig, Anka , la jeune serveuse décide de nous entreprendre en nous faisant découvrir toutes sortes de vodka : au miel (très bon pour la voix), à la cerise…Cette étape dégustative ne sera pas sans séquelles, et on rejoint l'hotêl Campanile (et oui, là-bas aussi) un peu plus fatigué que d'habitude mais une fois de plus l'accueil a été formidable.

Le lendemain, direction Varsovie, 350 km et le Volkswagen qui tombe en panne : aller et retour sur la route pour trouver la pièce, on perd 2 à 3 bonnes heures et quand la police s 'en mêle, une demi heure de plus. On arrive à varsovie de nuit. Il faut vite trouver la salle, et comme d'habitude, on débarque , on monte et on joue. Là encore, on fait de formidables rencontres et un " Police and thieves " d'anthologie. On arrive à l'hôtel vers 3 heures du matin ,Gaêl le sonorisateur soudera des cables jusqu'à 6 heure pour le concert du lendemain. On quitte Varsovie et je ne peux m'empêcher de penser à cette ville chargée d'histoire, c'est le 2ème fois que nous y jouons et chaque fois notre passage fût éclair ; j'espère avoir le temps un jour de m'y attarder.

Mais pour l'instant direction Gdynia ville champignon à une trentaine de km de Gdansk. Comme d'hab, balance et repas rapide, le groupe Koniec Swiata ouvre pour nous ce soir, ils sont cool et ils assurent. Peu avant de monter sur scène nous retrouvons avec émotion , Nicolas notre ancien guitariste qui maintenant habite Gdansk. On attaque le concert, l'ambiance est survoltée, le groupe joue précis et carré. C'est l'éclate sur scène et dans la salle. Les morceaux s'enchaînent, l'ambiance monte crescendo pour un final apocalyptique. Trempés de sueur groupe et public terminent à genoux. On se retrouve à 3 heures du matin dans une pension au bord de la mer Baltique dont l'ambiance contraste énormément avec l'électricité des concerts.

Jeudi 14 octobre : Poznan. Beaucoup de km, de la pluie et un pneu qui nous lâche sur l'autoroute, on frôle de peu la catastrophe mais notre " St Joe strummer " doit veiller sur nous. Le groupe Zazuzi (heavy reggae) ouvre pour nous pendant qu'on se prépare, ils nous dédicacent un morceaux, nous leur rendrons la pareille à notre arrivée sur scène. A la fin du concert, un jeune polonais monte sur scène et me serre dans ses bras ; séquence émotion. Il nous rejoindra quelques minutes plus tard derrière la scène avec un jeune berlinois qui a pris l'habitude de venir à Poznan (presque 300 km !) pour voir les concerts car l'ambiance y est meilleure selon lui. Polonais, Alemand et Fançais ; l'Europe est elle en train de prendre un sens social et fraternel ? la nôtre en tout cas, oui. Là aussi et comme chaque soir plein de gens viennent nous voir et nous parlent de nos précédentes tournées : " je vous ai vu là ou là… ", " j'ai tel album… ", " pourquoi n'êtes vous pas revenus plus tôt ?, cette fois on vous attend et pas dans 6 ans ". On loge dans une ancienne caserne transformée en hôtel, on fait un peu la fête, on raconte des conneries et on va se coucher.

Le lendemain, on part pour Tychy où l'on trouve un public moins spé et au 1er abord plus difficile à convaincre ainsi qu'une fatigue qui commence à se faire sentir, pourtant en quelques mesures, la magie opère de nouveau et nous donnerons ce soir-là notre concert le plus long : plus de 2 heures 30 ! Notre tour manager Piotr qui est aussi clavier et chanteur du groupe Paprika Korps nous rejoint sur scène pour une version survoltée de Message to you (Robert Thomson) où je présente le groupe : plus de 20 min de riddim et le public en redemande. " Merci, merci , merci les éjectés "…" merci, merci, merci les Polonais ! ". On rentre à l'hôtel à 4 heures du matin, une ancienne prison politique, on ne se couche pas tout de suite car Piotr (qui nous a suivi toute la tournée) part jouer le lendemain avec son groupe à Varsovie et nous avons beaucoup de choses à régler avec lui. Je me couche vers 5h, la tête remplie d'images, de sourires, de grincements, j'écoute le concert et finit par tomber comme une masse.

Dimanche 17 octobre : dernière à Opole, on avance tous un peu comme des zombies, mais lorsque on se retrouve sur scène pour les balances, on oublie la fatigue, les 6 h de route par jour, les 4h de sommeil, les 2 repas quotidiens, matin et soir : le groupe est organique complémentaire, chacun donne tout ce qu'il a sur scène et ce soir encore, la magie opère pour 2h30 de concert non-stop. Je n'ai plus de voix à la balance mais elle reviendra pour le gig, chacun donne tout ce qu'il a et le public nous le rend bien…
So long polska, on reviendra bientôt, so long mes frères ne me demandez pas si je suis français, espagnol, turc ou polonais, après des expérience comme celle-là je suis tout ça à la fois humain avant tout…

Ps : il faudra aussi qu'un jour on vous parle de la Tunisie, de la République tchèque, du Canada, de l'Islande…